Engie se renforce dans les centrales hydroélectriques

Engie se renforce dans les centrales hydroélectriques

Le Monde ,

Le groupe d’énergie a annoncé, jeudi 19 décembre, l’acquisition de six barrages au Portugal pour 2,2 milliards d’euros. Cofinancée avec Crédit agricole et Mirova (Natixis), l’opération renforce sa stratégie zéro carbone.

Par Jean-Michel Bezat  Publié le 21 12 2019

Engie a annoncé, jeudi 19 décembre, l’acquisition de six centrales hydroélectriques à Energias de Portugal (EDP) pour 2,2 milliards d’euros, cofinancés avec le Crédit agricole et Natixis. Le groupe d’énergie renforce ainsi ses capacités installées d’énergies renouvelables de près de 1,7 gigawatt (GW), ce qui en fera le deuxième acteur du pays, derrière EDP (5,1 GW).

A l’issue de l’opération, qui doit se conclure au second semestre 2020, Engie détiendra 40 % de l’ensemble, Crédit agricole assurances 35 % et Mirova (Natixis) 25 %, a indiqué le premier électricien du Portugal. Le consortium était, selon des sources de marché, en concurrence avec d’autres grands exploitants de barrages comme l’espagnol Iberdrola, le norvégien Statkraft et l’autrichien Verbund.

Il détiendra trois centrales au fil de l’eau, dont la production dépend du débit des rivières, et trois barrages avec retenue d’eau, qui produisent en fonction des besoins et des prix de l’électricité. Posséder de telles installations permet à Engie d’offrir à ses clients une sécurité d’approvisionnement, puisque l’hydraulique prend le relais des éoliennes et des fermes solaires aux productions intermittentes, ce qui devrait accroître la valeur future de tous ces outils de production de courant.

Déja exploitant de 20 GW d’hydroélectricité

L’opération, qui alourdira sa dette de 650 millions d’euros, est importante pour le groupe français, déjà exploitant de 20 GW d’hydroélectricité, notamment en France (vallée du Rhône, Pyrénées) et au Brésil. Elle est néanmoins plus modeste que le rachat récent, avec la caisse des dépôts du Québec, de 90 % du réseau de gazoducs TAG au brésilien Petrobras pour 8,6 milliards de dollars (7,7 milliards d’euros).

Toutes ces acquisitions s’inscrivent dans une stratégie de la directrice générale d’Engie, Isabelle Kocher, de développement dans la production d’électricité décarbonée et de gestion d’infrastructures gazières. Dans son plan stratégique 2019-2021, dévoilé en février, le groupe français a inscrit l’objectif d’ajouter 9 GW d’énergies renouvelables à ses capacités, hors acquisition des actifs d’EDP.

« Celle-ci va nous permettre de faire plus que ce que nous avions annoncé au départ », a indiqué Mme Kocher, qui brigue un second mandat de quatre ans, en mai 2020. Depuis le grand virage stratégique amorcé en 2016, elle a par ailleurs cédé pour 15 milliards d’actifs dans les énergies fossiles (charbon, gaz).

Le Portugal, une terre de conquête

Le Portugal est devenu une terre de conquête. Au moment de la crise financière, Lisbonne avait en effet décidé de vendre des actifs publics, dont des centrales et une part des réseaux électriques d’EDP. Une ouverture qui a éveillé la convoitise de groupes d’énergie européens (Engie, Enel, Gas Natural…), mais aussi chinois. C’est finalement le groupe public China Three Gorges qui avait acquis 23 % d’EDP, en 2011 ; et qui se proposait, en 2018, d’en prendre le contrôle pour 9 milliards d’euros.

Le gouvernement portugais n’y était pas opposé, préférant laisser jouer les règles du marché. L’« EDF portugais » cherche à réduire sa dette et sa dépendance aux tarifs régulés au Portugal, tout en finançant la moitié de son plan en faveur des renouvelables, estimé à 12 milliards d’euros d’ici à 2022. A l’inverse, cette perspective avait suscité l’inquiétude à Bruxelles, où les réseaux électriques sont considérés comme des actifs stratégiques pour la sécurité du Vieux Continent.

Et même le refus catégorique des Etats-Unis, où EDP possède d’importantes capacités dans l’éolien et le solaire. Washington s’efforce de contenir les ambitions de Pékin en Europe. Son ambassadeur à Lisbonne, George Glass, affirmait, en mars, son « opposition totale » à l’OPA chinoise. « EDP contrôle 80 % de l’énergie électrique au Portugal. Du point de vue des Etats-Unis, une entité étrangère ne doit pas détenir votre énergie électrique », avait-il souligné dans la presse portugaise, ajoutant qu’« en aucune circonstance, les Chinois ne contrôleront ce qu’EDP détient aux Etats-Unis ». Pour l’heure, la situation semble gelée.

Jean-Michel Bezat